Nobles ou notables ?

Les de BÉRÜE étaient-ils nobles ?

Pour être bref, non ! Tous les documents disponibles montrent clairement qu'aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, les membres de la famille de BÉRÜE n'ont jamais cherché à se faire passer pour nobles : ce n'était que des notables. Par ailleurs, la plupart signaient "Deberüe" en un seul mot, comme le montrent par exemple ces signatures au bas d'actes de mariage, que ce soit en 1675 (mariage de Jean de BÉRÜE et Jeanne CHARIL) ou en 1791 (mariage d'Edme I de BÉRÜE et Anne TALVAT).

Signatures d'un acte de 1675
1675 - Extrait de l'acte de mariage de Jean de BÉRÜE et Jeanne CHARIL

Signatures d'un acte de 1791
1791 - Extrait de l'acte de mariage d'Edme I de BÉRÜE et Anne TALVAT

L'article "de" séparé n'était présent que pour introduire le nom de terre : par exemple, quand Jean Deberue, sieur (c'est-à-dire propriétaire) de la Poupardière, était appelé M. de la Poupardière. Cet emploi de noms de terre, ou l'existence d'un blason, font penser aujourd'hui à une famille noble, mais c'est une erreur, comme l'explique des paragraphes plus loin dans cette page.

Les prétentions à la noblesse et l'usage exclusif de la forme "de BÉRÜE" ne sont apparus qu'au XIXe siècle, avec Stanislas (1796-1846). À cette époque, la noblesse n'avait plus qu'une valeur honorifique, à la différence des siècles précédents, où la noblesse apportait des avantages fiscaux et un accès réservé à certaines fonctions, et où les usurpateurs risquaient de fortes amendes. Comme Chateaubriand l'a écrit, l'aristocratie étaient passée de l'âge des privilèges à l'âge des vanités ; avec Stanislas, la famille de BÉRÜE s'est retrouvée à l'âge des vanités sans être jamais passé par celui des privilèges. Pour mieux apprécier la fiabilité des allégations de Stanislas, notons que sa famille a proposé en 1830 de le faire enfermer dans un asile d'aliénés (cf. la demande d'interdiction).

Des notables

Si les de BÉRÜE n'étaient pas nobles, par contre ils appartenaient sans aucun doute à la catégorie des notables. Jusqu'à leur installation à Vitré dans les années 1630, ils semblent n'avoir été que des propriétaires ruraux gérant leurs exploitations avec des métayers. La qualité de notable était cependant déjà marquée par la présence de nombreux ecclésiastiques dans la famille.

L'installation à Vitré s'est accompagnée d'un changement des priorités entre la gestion des propriétés agricoles, avec résidence à la campagne, et la tenue de charges, avec résidence en ville. Ainsi, Jean de BÉRÜE (1655-1707) a été procureur fiscal des eaux et forêts de la baronnie de Vitré, et son fils Jean François de BÉRÜE (1685-1742) maître des eaux et forêts de la baronnie de Vitré. On ne trouve pas de traces de postes de cette envergure pour les générations suivantes ; il semblent avoir été essentiellement des propriétaires d'exploitations agricoles, mais résidant en ville.

La baisse d'attention apportée à la gestion de leurs propriétés a entrainé une érosion du patrimoine, malgré l'apport de bons mariages. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il n'en restait plus rien pour mon arrière-grand-mère Stéphanie de BÉRÜE.

Noms de terre

L’usage de noms de terre (par exemple "Deberüe de la Poupardière") peut donner l'impression que la famille est noble. C'était sans doute un effet recherché dans les familles de notables, afin de se rapprocher de la noblesse sans aller jusqu'à l'usurpation. L'apposition du nom de terre, c’est-à-dire d’une propriété de l’individu, avait aussi un aspect pratique : elle permettait de distinguer les différentes branches de la famille, où les individus partageaient un même nom et souvent les mêmes prénoms. Les noms de terre utilisés par les premières générations des de BÉRÜE sont les suivants :

Un acte de partage de novembre 1651 entre les enfants du couple Julien de BÉRÜE - Gillette CYREU dresse l’inventaire de leurs propriétés et permet de constater que toutes ces terres faisaient déjà partie de l'héritage du couple. On peut ainsi suivre la répartition du patrimoine entre les différentes branches à travers leurs noms de terre. À l'inverse, les noms de terre peuvent donner des indices pour les recherches généalogiques, leur transmission suggérant des filiations.

La carte ci-dessous permet de localiser ces propriétés.

Les libellés des marqueurs ne s'affichent pas quand ceux-ci sont trop proches;
il suffit de zoomer pour les écarter.
Le détail des évènements apparait quand on clique sur les marqueurs

Le blason des de BÉRÜE

Les armoiries, un droit…

Les armoiries n’ont jamais été des marques de noblesse et les roturiers en ont fait un large emploi : les non-nobles représentaient près de la moitié des armoiries recensées à la fin de l’ancien régime. Qu’il soit noble ou non, chacun est libre d’adopter et d’utiliser les armoiries de son choix, à la seule condition de ne pas usurper les armoiries d’autrui.

…et même un devoir !

page d'un volume de l'armorial général

Armorial Général de France
une page d'un des 35 volumes d'armoiries

Au mois de novembre 1696, fut promulgué un édit royal qui ordonnait le recensement de toutes les armoiries portées dans le royaume, afin qu’elles soient enregistrées dans un immense recueil : l’Armorial Général, dont la réalisation fut confiée à Charles d'HOZIER.

Le véritable but était de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État. Sous peine d’amende et de confiscation des biens meubles armoriés, tous ceux qui portaient des armoiries devaient les faire enregistrer et payer les droits correspondants.

Malgré ces menaces, les enregistrements ne furent pas très nombreux en 1697. C’est pourquoi un arrêt du conseil du Roi de décembre 1697 décida l’établissement de documents sur lesquels seraient inscrits les noms de tous les particuliers et de toutes les collectivités censés porter des armoiries. Après la publication de ces documents, ils auraient huit jours pour les faire enregistrer et payer le droit d’enregistrement, faute de quoi ils s’en verraient attribuer d’office.

Nombreux furent ceux qui n’avaient jamais porté d’armoiries, et qui ne songeaient nullement à le faire, qui furent obligés d’en adopter ou qui en reçurent d’office.

Pour 23 livres 10 sols

Ce fut le cas de la famille de BÉRÜE. Le membre de la famille qui se fit taxer de 20 livres (23 livres 10 sols TTC) était Pierre de BÉRÜE de la Roullerie, le frère aîné de mon ancêtre, Jacques de BÉRÜE de la Poupardière. Les commis d’Hozier avaient jugé que, dans une famille de notables, au moins l’aîné devait porter des armoiries.

armes des de Bérüe

Armes des de BÉRÜE
extrait de l'armorial d'Hozier

Les armoiries attribuées d’office étaient imaginées par les commis d’Hozier avec plus ou moins de bon goût. Ainsi, un avocat normand qui s’appelait Lemarié se vit doter d’un écu orné d’une paire de cornes. Les de BÉRÜE s’en tirèrent mieux et les armoiries qui leur furent attribuées sont tout à fait présentables. Elles combinent une figure de base très utilisée dans l’Armorial Général, constituée d’un chevron jaune sur fond bleu, avec un objet rappelant le nom de terre, soit une roue pour la Roullerie. En termes de blason, cela donne : d'azur à un chevron d'or, accompagné en pointe d'une roue de même.

Aucun de mes ancêtres de BÉRÜE n'a porté d'armoiries, mais celles attribuées à Pierre de BÉRÜE auraient pu appartenir à ses grands-parents, Julien de BÉRÜE et Gillette CYREU (qui, eux, sont des ancêtres), puisqu'ils possédaient déjà la Roullerie.

Notons par ailleurs que la Roullerie n'a rien à voir avec une roue. Sur les cartes actuelles, ce lieu-dit est appelé la Rouerie ; sur la carte de Cassini, établie à partir de relevés sur le terrain réalisés de 1785 à 1787, cela devient la Rouillerie. On retrouve cette dernière forme dans les papiers de la famille de BÉRÜE au début du XVIIe siècle. La signification en reste incertaine, après consultation de plusieurs dictionnaires des toponymes : une rouillerie pourrait désigner un petit fossé ou ruisseau, un gué pour traverser un ruisseau, un chemin dont les ornières sont comblées par des fascines, un talus, voire une palissade…