Stanislas Félix de BÉRÜE

Stanislas à travers les actes d'état civil

Stanislas Félix de BÉRÜE est né à Vitré (Ille-et-Vilaine) le 22 juillet 1796. C'est le seul des cinq enfants d'Edme René de BÉRÜE et Anne TALVAT de la RÉNIÈRE qui est arrivé à l'âge adulte. Sa mère est morte alors qu'il n'avait que 5 ans et son père quand il en avait 16.

Le 24 avril 1821, Stanislas de BÉRÜE épouse Zoé TALVAT de la RÉNIÈRE, une cousine germaine :

Jacques TALVAT
(1730-1814)
Jeanne COURCIER
(1737-1794)
   
     
Anne TALVAT
(1771-1801)
Edme de BÉRÜE
(1768-1813)
  Jacques TALVAT
(1765-1838)
Marie BOISSEAU
(1778-1819)
     
Stanislas de BÉRÜE
(1796-1846)
  Zoé TALVAT
(1802-1877)
  x 1821  

Le mariage est célébré à Méral (Mayenne), où Zoé résidait avec son père (ce dernier y était propriétaire et en avait été le maire de 1809 à 1815). Le couple s'installe à Cuillé, toujours dans la Mayenne, mais 10 km plus à l’ouest, à la limite de l'Ille-et-Vilaine. Il va avoir 6 enfants en 7 ans :

  1. Stanislas Charles, né le 7 avril 1822 à Cuillé, marié le 21 octobre 1845 à Craon (Mayenne) avec Sophie Désirée MERCIER (1826-1882) et en secondes noces le 11 mars 1885 à Villiers-Charlemagne (Mayenne) avec Anaïs GODIVIER (1828-1913), décédé le 29 mai 1892 à Étriché (Maine-et-Loire), à l'âge de 70 ans ;
  2. Edme Stéphane, mon ancêtre, né le 8 mars 1823 à Méral, décédé le 2 avril 1885 à Angers, à l'âge de 62 ans (voir "Les vies multiples d'Edme de BÉRÜE") ;
  3. Hyacinthe Louis, né le 5 septembre 1825 à Cuillé, marié le 2 juin 1846 à Rennes avec Louise Mathilde VIARD (1826-1888), décédé le 25 novembre 1868 à Rome, à l'âge de 43 ans (suivre ce lien pour comprendre ce qu'il faisait à Rome) ;
  4. Pierre Marie Dieudonné, né le 8 novembre 1826 à Cuillé, décédé à l'âge de 4 mois le 26 février 1827, à Gennes-sur-Seiche (Ille-et-Vilaine), où il était en nourrice ;
  5. Auguste Félix, né le 26 mars 1828 à Cuillé, marié le 13 février 1852 à La Croixille (Mayenne) avec Eugénie Marie MOUTTIER-LAMOTTE (1834-1913), décédé le 30 juillet 1861 à Parcé (Ille-et-Vilaine), à l'âge de 33 ans ;
  6. Zoé Françoise, née le 21 février 1829 à Cuillé, mariée le 22 mai 1848 à Étriché avec Joseph François Alfred MINI (1821-1897), décédée le 20 mars 1904 à Angers, à l'âge de 75 ans.

Tous les évènements listés précédemment se sont déroulés dans l'Ouest de la France, dans trois départements voisins, l'Ille-et-Vilaine, la Mayenne et le Maine-et-Loire, ce qui est logique à une époque où la mobilité restait limitée. Plus étonnant est le lieu du décès de Stanislas Félix, qui nous est révélé par l'acte de mariage de son fils Edme avec Amélie MERCIER, le 9 mai 1848 : Stanislas est décédé à El-Biar, dans la banlieue d'Alger, le 11 février 1846.

En plus de l'exotisme du lieu de décès, certaines mentions trouvées dans les actes de mariage d'autres enfants de Stanislas de BÉRÜE suggéraient que celui-ci avait connu des problèmes avec les autorités. En effet, le 21 octobre 1845, lors du mariage de son fils aîné (Stanislas Charles), il est déclaré dans l'impossibilité légale de donner son consentement; le 2 juin 1846, pour le mariage d'un autre de ses fils (Hyacinthe), il est déclaré absent et dans l'impossibilité légale de donner son consentement (la nouvelle de sa mort serait donc inconnue presque 4 mois après celle-ci). La mention de l'impossibilité légale de donner son consentement est normalement liée à une condamnation. Les détails de l'affaire font l'objet des paragraphes suivants.

Un bagnard dans les ancêtres

Je présente ci-dessous, dans l'ordre où je les ai trouvés, les documents qui m'ont permis de découvrir l'histoire de Stanislas de BÉRÜE

La lettre au général BERTHOIS

Ayant repéré dans un inventaire des archives départementales d'Ille-et-Vilaine l'existence d'une correspondance adressée par un membre de la famille de BÉRÜE au général BERTHOIS, j'ai découvert la lettre suivante :

Monsieur le Général Berthois aide de camp de Sa Majesté
Député d’Ille et Vilaine à son hôtel
Paris

Mon Général,

Le malheureux Stanislas Félix De Bérüe a l’honneur de vous être attaché par les liens du sang: il gémit sous le poids d’une affreuse condamnation au Mont Saint Michel. Grâce soit rendue à Sa Majesté, qui a daigné commuer sa peine de travaux forcés, où il a souffert deux ans, à celle de détention perpétuelle : voilà quarante-cinq mois qu’il est dans les fers. Son crime est énorme à la vérité, il l’avoue avec un sincère repentir, mais il est moins déshonorant que pour toute autre chose que la politique ; ses malheurs l’ont absolument changé ; c’est donc avec toute confiance qu’il a l’honneur de s’adresser à vous, pour vous supplier d’avoir la bonté de disposer aux pieds de Sa Majesté l’assurance de son sincère repentir. Il vous conjure, au nom de l’humanité et des liens du sang, d’implorer son pardon et de le rendre à sa malheureuse épouse et à ses cinq enfants.

Vous pouvez tout, Mon Général, comme aide de camp de Sa Majesté vous avez le bonheur de l’approcher très souvent, puis en qualité de Député : il attend tout de vous et est certain que si vous ne pouvez pour le moment obtenir sa grâce entière, que vous obtiendrez au moins une grande diminution de peine, et qu’il lui soit accordé de subir sa peine dans la prison de Laval, (Dépt de la Mayenne), où est sa famille maternelle et celle de son épouse ; il est atteint d’une asthme et l’air trop vif du mont Saint Michel le fait horriblement souffrir.

Veuillez, Mon Général, avoir la bonté de m’honorer d’une réponse satisfaisante, si vous me jugez digne de pitié, et vous me rendrez à la vie et au bonheur : je ne cessais de penser à vous depuis longtemps mais l’énormité de ma faute m’a seule empêché de le faire plutôt paraitre en vous écrivant.

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect,

Mon Général


Votre très humble
et très soumis serviteur
Stanislas de Bérüe
mre

Mont Saint Michel 14 juin 1834

Le destinataire de cette lettre, le général BERTHOIS, appartenait à une vieille famille de notables de Vitré, comme les de BÉRÜE. Par contre, alors que la famille de BÉRÜE était sur une trajectoire descendante, la famille BERTHOIS était en pleine phase ascendante. Elle s'était orientée vers le métier des armes au milieu du XVIIIe siècle: le père du général BERTHOIS avait été lieutenant-colonel du Génie (mort au siège de Lille en 1792); le frère aîné du général BERTHOIS avait également été lieutenant-colonel du Génie, mais aussi sous-préfet à Vitré et député de Vitré de 1830 à sa mort du choléra en 1832. Le général BERTHOIS lui-même était un officier du Génie, comme son père et son frère, ancien élève de Polytechnique, créé baron en 1820, devenu aide de camp du roi Louis-Philippe, et député de Vitré à la suite de son frère.

Le destinataire étant présenté, passons à l'analyse du contenu. Dans cette transcription, les trois points sous la signature vous étonnent sans doute. Voici l'original pour vous faire une idée:

Signature de Stanislas

On ne peut que les interpréter comme une indication d'appartenance à la franc-maçonnerie. Stanislas pensait certainement que le général Berthois était franc-maçon, pour qu'il signe de cette manière une demande de grâce. C'est tout-à-fait possible, Berthois ayant débuté sa carrière d'officier sous l'Empire, période où beaucoup d'officiers étaient francs-maçons. Le frère aîné du général Berthois apparaît d'ailleurs dans un fichier recensant les francs-maçons de l'époque (fichier Laborde). Par contre, l'appartenance de Stanislas à la franc-maçonnerie est douteuse, et relève sans doute de son côté mythomane.

Le second point qui mérite des commentaires concerne la parenté avec le général BERTHOIS que revendique Stanislas. J'ai identifié plusieurs cousinages plus ou moins lointains entre le général BERTHOIS et Stanislas (vous pourrez essayer de les retrouver dans la base "de Bérüe"). Celui auquel pensait Stanislas se situe probablement dans les ascendances patronymiques BERTHOIS et de BÉRÜE. La grand-mère paternelle du général BERTHOIS était une demoiselle CHARIL. De son côté, Stanislas avait une arrière arrière-grand-mère CHARIL, d'où les liens du sang évoqués dans la lettre. Ces liens sont d'ailleurs plus éloignés que Stanislas ne l'imaginait. À son époque, la généalogie couramment admise pour la famille CHARIL plaçait le couple d'ancêtres communs à l'ensemble des branches au tout début du XVIIe siècle (Étienne Charil x Louise Lemoyne). Aujourd'hui, avec une approche plus rigoureuse de la généalogie, il faut remonter à la fin du XVe siècle pour trouver le couple d'ancêtres commun (Pierre Charil x Jeanne du Feu).

En tout cas, ce que cette lettre nous apprend, c'est que Stanislas de BÉRÜE était incarcéré au Mont-Saint-Michel en juin 1834 (l'abbaye a été transformée en prison à la Révolution, et utilisée comme telle de 1793 à 1864). La lettre nous apprend également qu'il était emprisonné depuis 45 mois, ce qui place son arrestation vers septembre 1830, et qu'il avait commencé par deux ans de bagne. Pour connaître les références de sa condamnation, la solution consistait normalement à consulter le registre d'écrou du Mont-Saint-Michel. Malheureusement ces registres d'écrou ont disparu le 6 juin 1944 dans le bombardement de Saint-Lô et l'incendie des archives qui en a résulté.

La solution de secours reposait sur l'identification du bagne dans lequel Stanislas avait passé ses deux années de travaux forcés. Des relevés de certains registres des bagnes ont été réalisés par des associations généalogiques; j'ai eu la chance qu'un de ces relevés concerne Stanislas et d'y trouver sa trace au bagne de Brest. Il ne restait plus qu'à récupérer une photo du registre par l'intermédiaire d'un réseau d'entraide généalogique.

Le registre d'écrou

Registre d'écrou du bagne de Brest

Transcription du registre d'écrou du bagne de Brest

Matricule N° 19580

de Bérüe, Stanislas Félix

Signalement

Agé de 34 ans, Fils de feu Edme et de feu Renière

né à Cuillé, arrdt de Châteaugontier département de la Mayenne

marié à Zoé Talva

profession de propriétaire, ex officier

taille d'un mètre 605 millimètres

cheveux et sourcils noirs, front plat et découvert, yeux roux, louche du gauche, nez large, narines ouvertes, bouche moyenne, menton relevé, barbe noire, visage ovale plein, marqué de petite vérole.

Signes particuliers

les oreilles percées, deux cicatrices provenant d'un coup de feu sur le flanc gauche, plusieurs autres petites sur le flanc droit, une autre cicatrice sur la clavicule droite


Condamné à Rennes le 29 novembre 1830 par A.D.L.C.D.A. du département d'Ille-et-Vilaine pour tentative d'homicide volontaire (par lettre du Roi du 3 juin 1831 entérinée le 11 juillet suivant, remise lui a été faite de la flétrissure seulement) à la peine des travaux forcés à perpétuité arrêt confirmé en con le 31 Xbre 1830

Exposé le 8 août 1831

Arrivé au bagne le 19 août 1831

Commué par décision royale du 27 juillet 1833 en détention perpétuelle (ordre du 16 août 1833)

Remis à l'autorité civile le 26 août 1833

Explication de certains termes :

remise lui a été faite de la flétrissure: La flétrissure était une marque au fer rouge, apposée en général sur l'épaule du condamné.

Exposé le 8 août 1831: La peine d'exposition publique consistait à exposer le condamné, monté sur un échafaud situé sur la place publique du lieu du jugement, attaché à un poteau, avec un écriteau indiquant ses nom, profession et domicile, ainsi que sa peine et la cause de sa condamnation ; l'exposition durait de une à six heures. Les condamnés aux travaux forcés étaient également exposés aux réactions du public lorsqu’ils se rendaient jusqu'aux ports où ils exécutaient leur peine. Des convois étaient formés plusieurs fois par an; les forçats étaient acheminés, ferrés et enchaînés, sur des charrettes, mais aussi à pied.

C'est à l'époque de la condamnation de Stanislas que commence le débat sur la suppression de ces peines: la flétrissure est supprimée en 1832 et l'exposition publique en 1848. Enfin, après 1836, les bagnards sont transportés dans des fourgons fermés, à l'abri des regards du public.

Bagnes, galériens et forçats

Les bagnes français trouvent leur origine dans la recherche de rameurs pour les galères et l'utilisation de condamnés pour satisfaire ce besoin. Au XVIIIe siècle, les galères perdent leur intérêt militaire et disparaissent des mers. Le corps des galères est supprimé en 1748, le régime des travaux forcés lui succède : les galériens deviennent des forçats. Ils travaillent à terre, mais dépendent toujours de la marine royale (ou nationale, ou impériale, selon le régime) et exécutent leurs peines dans des arsenaux maritimes. Au milieu du XIXe siècle, l'utilisation des forçats n'est plus adaptée à l'évolution des arsenaux: les bagnes métropolitains sont remplacés par des bagnes coloniaux. Le bagne de Brest, où se trouvait Stanislas, a été en activité de 1748 à 1858; avec une capacité de 3700 forçats, c'était le deuxième plus grand bagne de France après celui de Toulon.

La mort civile du bagnard

La condamnation aux travaux forcés à perpétuité s'accompagnait de la mort civile (abrogée en 1854), c'est-à-dire la cessation de toute participation aux droits civils. Ceci explique la mention de l'impossibilité légale de donner son consentement qu'on trouve dans les actes de mariage de certains enfants de Stanislas de BÉRÜE.

Le procès en cour d'Assises

Les comptes rendus du procès

Pour en savoir plus sur les faits ayant entrainé la condamnation de Stanislas aux travaux forcés à perpétuité, il fallait trouver des récits du procès en Cour d’Assises. C’est ce que nous offrent les documents suivants (transcriptions intégrales en suivant les liens) :

Si vous devez n'en lire qu'un, je vous recommande la version journalistique, plus vivante et donnant des détails sur la stratégie de défense de la famille de BÉRÜE.

Le contexte

Le procès s'est déroulé du 27 au 29 novembre 1830, quelques mois après la révolution à l’issue de laquelle Louis-Philippe a remplacé Charles X. Il est utile de résumer les principales étapes de cette révolution, car c’est en réaction à celle-ci que Stanislas de BÉRÜE a commis les actes qui l’ont amené sur le banc des accusés, et les comptes rendus du procès y font référence à de multiples reprises.

En mai 1830, Charles X avait dissous la chambre des députés pour obtenir une majorité plus favorable au ministère ultra qu’il avait nommé en 1829. Les élections des 23 juin et 19 juillet ne donnèrent pas le résultat attendu et renvoyèrent une majorité de députés libéraux.

Le roi décide alors de réaliser un coup de force à l’aide de six ordonnances. L’essentiel est contenu dans les quatre premières : suspension de la liberté de la presse, dissolution de la chambre des députés (alors que celle-ci vient d’être élue et ne s’est encore jamais réunie), importante modification de la loi électorale dans un sens favorable aux Ultras et convocation des collèges électoraux pour septembre.

Le 26 juillet 1830, la publication des ordonnances déclenche des émeutes, qui se transforment en insurrection les 27, 28 et 29 juillet 1830 (journées dites les Trois Glorieuses). Les députés se tournent alors vers le duc d'Orléans, Louis-Philippe, qu'ils nomment lieutenant-général du royaume le 30 juillet. Le 2 août, Charles X, retiré à Rambouillet, abdique. Il prend le chemin de l'exil le 3 août, avec sa suite et une escorte militaire, mais à petites journées, car il ne veut pas apparaitre comme un fugitif. Il arrive finalement le 16 août à Cherbourg, où il embarque sur un paquebot pour l'Angleterre. Entre temps, le 9 août, Louis-Philippe est passé de lieutenant-général du royaume à roi des Français.

Le procès en résumé

Stanislas était accusé :

Excitation à la guerre civile : du 2 août au 10 septembre

Avec les moyens de communication de l’époque, les nouvelles mettaient quelque temps à se propager dans l’ensemble de la France. Ce n'est que le 2 août, à Château-Gontier, que Stanislas de BÉRÜE a pris connaissance des évènements survenus à Paris le 30 juillet. De cette date au 10 septembre, Stanislas a parcouru les environs en cherchant à entraîner ceux qu’il rencontrait dans un soulèvement contre Louis-Philippe et en faveur de Charles X. Dans la dernière quinzaine de cette période, Stanislas devait se cacher pour échapper à la gendarmerie : les nouvelles autorités s’étant mises en place, un mandat d’amener avait été lancé contre lui.

Tentative d’assassinat : les évènements du 11 septembre

Le 11 septembre, de retour à Cuillé, il découvre, flottant sur l’église, le drapeau tricolore, symbole du changement de régime, ce qui excite sa fureur. Quelques verres d’eau-de-vie plus tard, il croise un ancien camarade de collège qu’il soupçonne de vouloir devenir maire et tire sur celui-ci deux coups de fusil, le blessant au bras (notons que les soupçons de Stanislas étaient fondés, puisque sa victime a été maire de Cuillé à plusieurs reprises).

La stratégie de la défense

La défense a joué la carte de l’aliénation mentale ; la famille de Stanislas proposait de l’enfermer dans une maison de santé pendant le reste de sa vie : voir la transcription de la demande d'interdiction.

Le jugement

Le jury n’a pas retenu le crime d’excitation à la guerre civile ; il a jugé Stanislas coupable d’une tentative d’homicide volontaire, mais sans préméditation. Si celle-ci avait été retenue, Stanislas aurait été condamné à mort au lieu des travaux forcés à perpétuité.

Un costume de chef chouan en 1830

Les comptes rendus du procès donnent une description du costume que Stanislas portait pendant qu'il tentait de susciter une nouvelle chouannerie: un habit vert avec deux épaulettes blanches et une ceinture rouge dans laquelle se trouvaient deux pistolets; il était armé d'un sabre et d'un fusil à deux coups et portait un chapeau à corne surmonté d'un plumet blanc (version du président), vêtu d'un habit vert avec des épaulettes d'argent, une ceinture rouge, un chapeau à cornes surmonté d'un plumet blanc, deux pistolets à sa ceinture et un fusil double sur l'épaule (version de la Gazette des tribunaux).

J'ai cherché des images représentant les chefs chouans originaux des années 1793-1800 pour essayer de visualiser ce que pouvait donner la copie de 1830 :

Charette

Le général de Charette

  d'Elbée

Le général d'Elbée

Dans les deux tableaux ci-dessus, on retrouve les principaux éléments repris par Stanislas: l'habit avec les épaulettes, la ceinture dans laquelle sont glissés des pistolets, et le chapeau surmonté d'un plumet blanc (à terre sur la gauche pour d'Elbée). La différence la plus manifeste est dans la couleur de la ceinture: rouge pour Stanislas au lieu de blanche chez les chefs royalistes historiques.

Compléments possibles

Pour les évènements de l'été 1830, la consultation du dossier du procès aux archives départementales d'Ille-et-Vilaine pourra apporter quelques détails sur la chronologie précise des faits et l'identité des acteurs et témoins.

D'autres éléments restent à trouver pour préciser comment Stanislas de BÉRÜE est passé du Mont Saint Michel à la banlieue d'Alger. Rappelons, en effet, qu'il est décédé le 11 février 1846 à El Biar; son acte de décès suggère la mort d'une personne isolée mais libre. Deux des témoins sont des aubergistes ; les quatre témoins ont déclaré avoir constaté que le sieur de Bérüe Stanislas Félix âgé de quarante neuf ans, natif de Cuillé département de la Mayenne confusion entre le dernier domicile et le lieu de naissance, habitant de cette commune, est décédé à El Biar, mais sans pouvoir préciser le jour. Entre juin 1834 et février 1846, Stanislas a donc été gracié, mais il n'a très certainement obtenu qu'une liberté sous surveillance accompagnée d'une transportation en Algérie. En tout cas, il n'avait pas retrouvé ses droits civiques.

À quelle date et dans quelles circonstances a-t-il quitté le Mont-Saint-Michel pour l’Algérie ? Le registre d'écrou du Mont Saint Michel nous l'aurait appris, s'il n'avait pas disparu. Pour le moment je n'ai pas trouvé de solution de repli simple.

Par ailleurs, le compte rendu du procès paru dans la "Gazette des Tribunaux" fait allusion à de précédents passages de Stanislas devant la justice. La demande d'interdiction par la famille donne quelques précisions sur ces affaires, mais on pourrait chercher des sources plus détaillées.

Un souvenir de Stanislas ?

Parmi les quelques objets transmis dans la famille à travers les générations, se trouve la médaille suivante :

Médaille naissance duc de Bordeaux - face   Médaille naissance duc de Bordeaux - pile

Cette médaille de bronze, de 38 mm de diamètre, représente, comme vous le voyez :

Cette médaille, largement diffusée à l'époque, célèbre la naissance d'un petit-neveu de celui qui régnait alors sur la France, Louis XVIII. Son père, Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, fils du futur Charles X, avait été assassiné sept mois plus tôt, dans la nuit du 13 au 14 février 1820, par un bonapartiste. Cette naissance posthume explique que le père soit représenté sur la médaille par une stèle ; elle avait valu au nouveau-né le surnom d'enfant du miracle. Louis XVIII n'ayant pas d'enfants, le nouveau-né se retrouvait deuxième dans l'ordre de succession au trône, après son grand-père, le futur Charles X. La médaille marquait donc la naissance de l'héritier du trône, celui qui devait assurer la continuité de la dynastie malgré l'assassinat de son père.

L'enfant du miracle a été connu par la suite sous le titre de comte de Chambord, et comme Henri V en tant que candidat des légitimistes pour une restauration monarchique.

Le seul légitimiste de l'époque dans mon ascendance semblant être Stanislas, on peut supposer que cette médaille lui appartenait.

Signalons que Charles-Ferdinand d'Artois présenterait la particularité d'être le père de 4 enfants posthumes. En plus de son fils légitime, objet de la médaille, on lui attribue trois enfants naturels nés en 1820 :

À propos de ce dernier, certains contemporains firent remarquer que c'était lui le véritable enfant du miracle, puisque c'était un enfant fait par l’Oreille.

cf. Rabelais, Gargantua, chapitre V "Comment Gargantua nâquit en façon bien étrange", et Molière, L'École des femmes, I, 1 (v. 162-164) "Elle était fort en peine, et me vint demander Avec une innocence à nulle autre pareille, Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille" ; ce sont des détournements de la littérature religieuse présentant le Saint Esprit descendant du Ciel, entrant par l'oreille de la Vierge jusqu'à son cœur pour la conception de Jésus.