Les vies multiples d'Edme de BÉRÜE

Autrefois, la plupart des gens naissaient, vivaient et mouraient dans la même région, changeaient peu de métier, et formaient des couples stables. Edme Stéphane de BÉRÜE (Edme étant le prénom usuel) n’a suivi aucune de ces tendances. Sa vie est difficile à retracer ; aucune logique ne semble relier ses domiciles et professions successifs et permettre de structurer les recherches.

Cette page rassemble les éléments trouvés pour le moment concernant la vie et l’œuvre d’Edme Stéphane de BÉRÜE, mais il reste bien des points d’interrogation.

Enfance

Edme est le second enfant de Stanislas Félix de BÉRÜE et de Zoé TALVAT de la RÉNIÈRE ; il est né à Méral (Mayenne), le 8 mars 1823. L’implantation des parents d’Edme dans cette commune s’explique par des propriétés venues du côté maternel, à travers les familles TALVAT et BOISSEAU. Deux ascendants d’Edme ont d’ailleurs été maires de Méral, son grand-père Jacques TALVAT, de 1809 à 1815, et son arrière grand-père Michel BOISSEAU, en 1792.

Vers 1824-1825, la famille quitte Méral pour s’installer à Cuillé, 10 km plus à l’ouest, à la limite entre Mayenne et Ille-et-Vilaine.

Fin 1830, Stanislas de BÉRÜE, le père d’Edme, est condamné aux travaux forcés à perpétuité. En raison d’un désaccord politique, il avait tiré deux coups de fusil sur un voisin (voir la page sur Stanislas). Suite à cette condamnation, Zoé TALVAT et ses cinq enfants ont dû quitter Cuillé.

Après avoir résidé à Craon et être passé par Saint-Denis-d'Anjou, la famille se fixe à Étriché, dans le nord-est du Maine-et-Loire. Des recherches complémentaires restent nécessaires pour préciser les domiciles successifs et les dates de passage de l’un à l’autre.

Engagé volontaire

Pour la période du XIXe siècle antérieure à la diffusion de la photographie, les registres de recrutement militaire offrent une occasion unique d'avoir une idée de l'apparence d'un ancêtre. On y trouve en effet les principaux éléments le caractérisant: taille, couleurs des cheveux, sourcils, yeux, forme du front, nez, bouche, menton, visage, teint, marques particulières, profession et niveau d'instruction. Toutefois, dans les années 1840, l'armée n'avait pas besoin de très nombreux soldats; aussi, chaque année, on procédait à un tirage au sort des hommes de la classe (classe: ensemble des hommes âgés de 20 ans) et seulement environ un tiers (les plus petits numéros) était appelé à faire son service. Coup de chance pour l'historien familial, Edme a tiré un petit numéro: une case lui est bien consacrée dans le registre de recrutement de la classe 1843. Malchance annulant le coup de chance, la partie description est restée vide, car Edme ne s'est pas présenté au conseil de révision : le registre indique qu’Edme est exempté en tant qu'engagé volontaire, mais sans préciser dans quel corps il s’est engagé.

Époux et père à Craon

Dans la période 1848-1852, Edme est de retour à Craon :

La carrière d’Edme en tant que marchand de vin à Craon semble avoir été courte. La vie conjugale d’Edme et Amélie n’a pas été beaucoup plus longue ; dans la page sur les Mercier de Craon, vous trouverez un extrait d’une lettre d’Amélie Mercier, son épouse, dans laquelle celle-ci indique que le couple s’est séparé vers 1854.

Inventeur et bordelais

L’indexation de bulletins des lois anciens m’a permis de découvrir qu’un brevet de quinze ans avait été accordé en 1857 à un certain Edme Stéphane de Bérüe (décret n° 5267 du 13 décembre 1857, qui proclame 1181 brevets d'invention et certificats d'addition). « De Bérüe » étant un nom rare et la combinaison des deux prénoms n’étant pas plus répandue, il est certain que l’inventeur en question est bien mon arrière arrière grand-père.

Le décret précise que la délivrance du brevet fait suite au dépôt, le 28 avril 1856, d’une demande concernant des perfectionnements dans la construction et la disposition des boîtes à graisse. En complément, une revue technique de l’époque (Le génie industriel - revue des inventions françaises et étrangères - tome treizième - 1857) nous présente une analyse de ce brevet ; ceci permet de comprendre que les boîtes à graisse en question assuraient la lubrification des essieux des locomotives et voitures de chemin de fer.

Schéma technique de la boite à graisse

Mais le plus intéressant pour la biographie d’Edme est le titre de l'analyse du brevet : Chemins de fer - Perfectionnement aux boîtes à graisse, par M. de Berüe, à Bordeaux.

Le point essentiel à retenir est donc qu’en avril 1856, Edme habitait Bordeaux. Ceci soulève de multiples questions:

La première piste qui vient à l’esprit pour expliquer son installation à Bordeaux est celle du vin, avec un retour à l’activité de marchand de vin qu’il exerçait à Craon autour de 1850. L’exemple de son beau-frère Érasme MERCIER a pu l’influencer ; Érasme était un commis voyageur de commerce dans les vins et spiritueux, qui travaillait pour une société bordelaise (au moins en 1868, quand il est décédé).

Une autre piste vient d’une tradition orale familiale, selon laquelle Edme aurait eut des activités dans le commerce maritime : Bordeaux était un port très actif à l’époque considérée. Pour explorer ces pistes, l’idéal serait de trouver un descendant d’Edme retraité dans la région bordelaise…

Avant que je tombe sur ce brevet, Edme m’avait donné l’impression de vivre des propriétés dont il avait hérité, en les vendant peu à peu, sans se donner beaucoup de mal pour gagner sa vie. Mais il a beaucoup remonté dans mon estime depuis que j’ai découvert son intérêt pour la technique : un homme qui se préoccupe de la lubrification des essieux des voitures de chemin de fer ne peut pas être mauvais !

Propriétaire et angevin

Selon l'acte de décès de son épouse, Amélie MERCIER, en février 1869 il est domicilié à Angers et son métier est propriétaire.

Lieutenant pendant la guerre de 1870-1871

En 1870, à 47 ans, Edme s'engage dans un corps franc pour la guerre franco-allemande. C’est ce que nous apprend son dossier d’officier, qu’on peut trouver au Service Historique de la Défense. Ce dossier se résume à un courrier officialisant son engagement: En vertu du décret du 29 septembre 1870, le Général de brigade, commandant la 2e subdivision, délégué par le Général, commandant la 15e division militaire, nomme, sauf ratification par le Ministre de la Guerre, Mr de Bérüe (Edme) Lieutenant à la 4e compagnie du bataillon des Éclaireurs de Maine et Loire. Cet officier prendra date du 11 novembre et entrera en solde du dit jour. Des mentions sur ce courrier indiquent que le maire de Craon en avait reçu copie, ce qui suggère qu’Edme résidait de nouveau à Craon à cette époque.

Les Éclaireurs de Maine et Loire rassemblaient environ 200 volontaires répartis en 4 compagnies; Edme commandait en second la 4e compagnie.

Au cours des 4 mois de leur existence, Les Éclaireurs de Maine et Loire:

La participation des Éclaireurs de Maine et Loire aux combats se limite au dernier mois de la guerre (combats devant le Mans et retraite sur la Mayenne). Le télégramme suivant montre que cette participation n’a pas été brillante (dans une guerre moderne, on n’improvise pas les armées) et que cela avait énervé le général Cathelineau:

Télégramme du général

Élève pharmacien

Une nouvelle vocation se manifeste à 49 ans, après la guerre franco-prussienne:

Le décès

Edme de BÉRÜE est décédé le 2 avril 1885, à 62 ans, à l'hopital civil d'Angers ; l'acte précise qu'il y était entré le 1er, que sa profession était employé, et qu'il était domicilié 10 rue Normandie à Angers.