La famille CLAVEURIER

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Comme déjà indiqué sur la page Des ancêtres dans la noblesse poitevine, les éléments sur la famille CLAVEURIER viennent essentiellement du livre de Robert Favreau, Une famille bourgeoise de Poitiers, les Claveurier, aux XVe-XVIe siècles (Éditions Michel Fontaine - 2011).

Le contexte du XVe siècle

Les conflits

Les carrières

Les carrières qui s’offraient au XVe siècle à des hommes de loi issus de la bourgeoisie, comme les membres de la famille Claveurier, se situaient à plusieurs niveaux :

En général la carrière débutait par le corps de ville de Poitiers et des charges seigneuriales (justice, finances, défense…), pour se terminer dans l’administration royale du Poitou (si tout allait bien). Certaines de ces fonctions, comme échevin de Poitiers, donnaient accès à la noblesse ; si on voulait la conserver, les activités marchandes devenaient interdites. A côté des administrations présentées ci-dessus, il restait alors l’armée, l’église, et la gestion de ses domaines.

Le corps de ville de Poitiers

Le corps de ville de Poitiers était composé de 100 personnes désignées à vie :

La carrière au corps de ville commençait dans les 75. Selon ses mérites et ses relations, on pouvait ensuite être choisi comme conseiller, puis échevin. Les 100 se réunissaient une fois par mois, tandis que les échevins et les conseillers (les 25) se retrouvaient une fois par semaine. Chaque année, l'un des 100 (en principe un échevin) était élu maire par les 75, cette désignation devant être ensuite approuvée par les 25. L'installation du maire avait lieu le jour de la saint Cyprien, qui à l'époque était fêté le 14 juillet ; quand on indique dans la suite de cette page qu'untel a été élu maire en l'année n, cela signifie donc que son mandat allait du 14 juillet de l'année n au 14 juillet de l'année n+1.

Maurice Ier CLAVEURIER

Les débuts

Maurice CLAVEURIER est né à Poitiers vers 1380 (sans doute un peu avant). On ne connaît pas l’identité de ses père et mère ; on sait quand même qu’il appartenait à une famille qui avait donné des échevins de Poitiers dès 1372.

armes de la famille Claveurier

Armes de la famille Claveurier

"Claveurier" signifie serrurier (fabricant de clés, du latin clavis = clé), d’où les armes de la famille, qu’on peut décrire comme un trousseau de clés jaunes sur fond bleu, ce qui donne en termes de blason : d’azur, au clavier d’or de quatre clés posées en croix.

Après des études de droit, Maurice CLAVEURIER débute dans la vie publique en 1403, en pleine Guerre de Cent Ans ; ses premières charges concernent des seigneuries locales, puis il rentre au corps de ville de Poitiers, où il assure des fonctions qui gagnent rapidement en importance. En 1411, il devient conseiller du comte de Poitou, qui le présente comme son "secrétaire" dans une lettre de 1412. Ce comte de Poitou était alors Jean de Berry, également duc de Berry, duc d'Auvergne, comte de Montpensier et comte d’Étampes, fils du roi Jean le Bon, frère de Charles V, oncle de Charles VI et grand-oncle de Charles VII. Les magnifiques illustrations des Très Riches Heures du duc de Berry, le plus connu des livres d’art réalisés pour lui, restent associées à sa mémoire.

De hautes charges

Très riches heures du duc de Berry

Les très riches heures du duc de Berry
juillet - le château de Poitiers

En 1414, Maurice CLAVEURIER est élu pour la première fois maire de Poitiers, sur recommandation du duc de Berry, puis à nouveau en 1415 (à l'époque les mandats de maire étaient annuels). Cette même année 1415, il devient en plus lieutenant général du sénéchal du Poitou, la plus haute charge administrative après celle de sénéchal ; il dirige l'administration, la justice et les finances de la province, le sénéchal se réservant les fonctions militaires. Il va rester 30 ans lieutenant général et être élu maire de Poitiers 14 fois au total (détenteur du record).

Jean de Berry meurt le 15 juin 1416. C'est le dauphin, le futur Charles VII, qui prend la suite de son grand-oncle comme comte de Poitou et duc de Berry. En 1418, les Bourguignons s'emparent de Paris ; le dauphin se réfugie alors dans ses provinces de Berry et Poitou. Pendant 18 ans, Poitiers va partager avec Bourges un rôle de capitale du royaume.

Maurice CLAVEURIER acquiert ainsi une dimension nationale : il passe de conseiller du comte de Poitou à celui du dauphin, puis du roi, quand le dauphin devient Charles VII, en 1422, à la mort de Charles VI.

Maurice et Jeanne

Sur un plan anecdotique, on peut signaler que le rôle de Poitiers comme capitale temporaire a permis à Maurice CLAVEURIER de rencontrer Jeanne d'Arc en mars 1429. En effet, après les premières entrevues entre celle-ci et Charles VII à Chinon, fin février 1429, le roi avait demandé qu'une enquête approfondie soit menée par des théologiens pour statuer sur ses voix, et par des matrones pour vérifier sa virginité, avant qu'il ne lui confie une armée. De nombreux maîtres de l'université de Paris étant réfugiés à Poitiers, c'est dans cette ville que Jeanne d'Arc fut examinée pendant environ six semaines. Elle était logée chez Jean RABATEAU, un ami de Maurice CLAVEURIER.

Maurice et l'Université de Poitiers

Maurice CLAVEURIER a joué un rôle majeur dans la création de l'université de Poitiers, en 1431-1432. Un texte de la fin du XVe siècle affirme d'ailleurs qu'il fut cause de mectre l'université à Poictiers. Avec les maîtres qui avaient fui l'université de Paris, il a su convaincre le roi de solliciter la bulle papale nécessaire à cette création. La bulle obtenue en mai 1431, c'est la commune (dont Maurice CLAVEURIER était le maire en 1431-1433) qui a pris en charge les premiers frais. C'est grâce à cela que l'université a pu commencer à fonctionner dès février 1432, et le rôle de la commune est resté fondamental pendant les premières décennies de l'université.

Cumul de postes

En complément des fonctions de maire de Poitiers et lieutenant général du sénéchal du Poitou, Maurice CLAVEURIER a exercé de nombreuses autres charges : élu à l'assiette des impôts en Poitou, général à la Cour des aides, commissaire du roi auprès des États provinciaux, conservateur des privilèges de l'université de Poitiers… Ainsi, Maurice CLAVEURIER était présent à tous les niveaux :

Une impressionnante fortune

En combinant la faveur du roi, le cumul des offices, de bons mariages, des qualités de gestionnaire et l'esprit d'entreprise, Maurice CLAVEURIER s'est constitué un patrimoine considérable. Quand il meure en 1455, âgé d'au moins 75 ans, il laisse plusieurs maisons, des bains publics (la maison des étuves), une tannerie, un abattoir (qu'on appelait à l'époque une boucherie) et un ensemble de moulins (à blé, à papier et à tan) à Poitiers, ainsi que de nombreux domaines ruraux aux alentours (la Tour Savary, la Plaine, Puy-Gachet, Palus, l'Île-Gandouard, l'Aubue, la Lande, l'Envigne, l'Erable, la Payre de Jaunay, la Pierre Levée, Forges…).

La descendance de Maurice Ier

Tableau des femmes et enfants de Maurice Ier

Le 1er mariage

Maurice a dû se marier jeune, dans les dernières années du XIVe siècle, avec sa première femme, Guillemette GAUTIER. Des quatre enfants vivants qu’elle laissait à son décès, deux seulement ont atteint l’âge adulte, Guillaume et Pierre. Ils ont grandi dans une période troublée qui ne leur a pas permis de faire des études aussi poussées que celles de leur père, ce qui leur a barré l'accès aux meilleurs postes de l'administration royale. Les relations avec leur père ont été difficiles : elles ont abouti à une rupture et au déshéritement, après le dernier mariage de Maurice CLAVEURIER. Ils ont quand même tenu leur rang, avec différents offices dans les seigneuries locales, dans le corps de ville de Poitiers (Guillaume maire en 1437) et même, pour ce qui concerne Guillaume, dans l'administration royale du Poitou.

Le 2e mariage

Maurice CLAVEURIER s'est remarié vers 1416 avec Jeanne COLAS, une veuve d'âge mûr, qui a connu assez rapidement de graves problèmes de santé. Elle est décédée en 1432 sans laisser d’enfants de ce mariage.

Le 3e mariage

Maurice CLAVEURIER s'est marié une dernière fois en 1434 avec Louise ESCHALARD, une jeune fille de 24 ans; une trentaine d'années séparait les époux, mais cela semble avoir donné un mariage réussi. À la différence des deux premières femmes, issues du même milieu que Maurice CLAVEURIER (bourgeois de Poitiers actifs dans l’administration de leur ville), Louise appartenait à une famille de Parthenay possédant une solide fortune territoriale. Elle est morte en 1477, 22 ans après son époux ; pendant toutes ces années de veuvage, elle a tenu le rôle du chef de famille, et même du vivant de Maurice I, elle semble avoir eu beaucoup d'influence sur celui-ci, qui était pourtant une forte personnalité. Elle avait à peu près le même âge que les fils du premier mariage de son mari, mais cela n'a rien arrangé à leurs relations; Louise ESCHALARD cherchait d'abord à favoriser ses propres enfants. Quatre sont parvenus à l'âge adulte: Michel, Maurice, Guillaume et Jean (d'autres moururent certainement en bas âge).

La descendance de Maurice II

Maurice II est le seul des enfants du troisième mariage de Maurice I qui ait laissé une descendance ; il avait épousé, dans les années 1460, Jeanne CHAILLÉ, qui appartenait à une autre grande famille de Poitiers. Maurice II et Jeanne eurent au moins cinq enfants : trois fils, Maurice III, Jean II et Nicolas, et deux filles, Anne et Madeleine. C'est par Anne que mon ascendance se rattache de manière certaine à la famille CLAVEURIER, mais il est très probable qu'elle passe également par une arrière petite-fille de Maurice III :

La descendance de Maurice III

Quand Maurice III est mort en 1503, il laissait à sa veuve deux enfants en bas âge, Joseph et Maurice IV :

Françoise de la CHAUSSÉE descendrait donc à la fois de Maurice II (cf. paragraphe précédent) et de Maurice III. Cela justifie qu'on s'intéresse à l'épouse de ce dernier :

Olivier de Machecoul

dalle funéraire
d'Olivier de Machecoul

On peut en conclure que les descendants de Maurice III CLAVEURIER ont également comme ancêtre Louis VI "le Gros", ainsi que les rois de France qui l'ont précédé.

Disparition du nom

Quand Maurice I CLAVEURIER, ayant déshérité ses deux fils aînés, Guillaume I et Pierre, laissait l'immense fortune qu'il avait constituée aux quatre fils de son dernier mariage, il pensait sans doute avoir donné des bases très durables à la lignée CLAVEURIER. Un siècle plus tard, cependant, il ne restait plus de descendant mâle du nom de CLAVEURIER de ces quatre fils, et la fortune foncière se trouvait dispersée entre de nombreuses familles alliées. Par contre le nom de CLAVEURIER fut maintenu par les descendants de Guillaume I, que l'on suit régulièrement jusqu'au XVIIIe siècle. Le nom s'éteignit ensuite.

Les traces de la famille Claveurier

À Poitiers, il reste un témoin direct de l'activité de Maurice Ier, l'hôtel Claveurier, construit vers 1425/1427.

Poitiers, 11 place Charles de Gaulle, Hôtel Claveurier, monument classé
L'hôtel Claveurier est toujours visible à Poitiers, 11 place Charles de Gaulle.

Maurice a été enterré juste en face de son hôtel, dans une chapelle greffée sur le flanc sud de Notre-Dame-la-Grande (la chapelle du Crucifix), dont il avait ordonné la construction en 1451, quelques années avant sa mort. En janvier 1475, sa veuve, Louise ESCHALARD, obtint du chapitre de Notre-Dame l'autorisation de placer sur le tombeau de son mari une statue de pierre le représentant agenouillé entre sainte Madeleine et sainte Marthe. Malheureusement il ne reste rien du tombeau ni de la chapelle ; le tombeau a été détruit à une date que je n'ai pas réussi à déterminer, soit par les protestants en 1562, soit à la Révolution, et la chapelle a été démolie vers 1880 pour laisser place à la sacristie actuelle.

Vers 1864, une rue qui passe sur le côté de l'hôtel de ville de Poitiers a été baptisée "rue Claveurier" pour rendre hommage au rôle de la famille dans l'administration de la cité : comme l'expliquent les paragraphes précédents, 6 de ses membres ont été maire aux XVe-XVIe siècles, totalisant 20 mandats.

On trouve d'autres traces de la famille CLAVEURIER dans la commune de Colombiers, à 10 km de Châtellerault, là où se trouvait la seigneurie de la Tour Savary. En suivant la D21 qui mène du bourg de Colombiers à Marigny-Brizay, on passe par le lieu-dit la Tour Savary. À cet endroit, une route étroite, perpendiculaire à la D21, grimpe sur le coteau ; c'est la rue Claveurier, qui mène aux vestiges du château qu'avait fait construire Maurice I CLAVEURIER (travaux débutés vers 1437, terminés avant 1443).

Rue Claveurier, Colombiers 86

La rue Claveurier à Colombiers (86)

Le peu qui en reste donne quand même une idée du bâtiment principal de l'époque.

Les vestiges de la Tour Savary

Les vestiges de la Tour Savary

Ce bâtiment s'inspirait de la tour Maubergeon du palais des comtes du Poitou, qui était la résidence du duc de Berry lors de ses séjours à Poitiers. Le duc de Berry l'avait fait reconstruire de 1388 à 1416, pendant les trêves de la guerre de Cent Ans ; Maurice CLAVEURIER a certainement suivi de près la dernière partie des travaux.

La tour Maubergeon à Poitiers

La tour Maubergeon à Poitiers

Dans cette rue Claveurier, d'autres bâtiments, en meilleur état, semble dater de la même époque, et faisaient sans doute partie du domaine.

Bâtiment rue Claveurier, vue 1 Bâtiment rue Claveurier, vue 2

Autre bâtiment, rue Claveurier

Pour finir, un commentaire sur les armoiries de la commune de Colombiers qu’on découvre sur la plaque de rue. Elles reprennent celles de la famille Claveurier, avec quelques modifications : inversion des couleurs entre le fond de l’écu et les clés, ajout d’une colombe (en référence au nom de la commune) et de trois tours, qui symbolisent les châteaux qui s’y trouvaient autrefois (la Tour Savary, le Defens, les Mottes).

La plaque de la rue Claveurier

La plaque de la rue Claveurier