• Histoires
  • Les portraits

Qui sont les ancêtres sur ces portraits ?
des DUPLAN à MERCIER-LA-VENDÉE

Les portraits du couple

Portrait de François Mercier le pharmacien Portrait de Désirée Urseau

Dans le salon familial de mon enfance se trouvait une paire de portraits d'un couple des années 1830 que la tradition familiale disait être des ancêtres MERCIER apparentés à un certain MERCIER-LA-VENDÉE, compagnon de CADOUDAL. Pendant longtemps, cela n'a pas excité ma curiosité plus que ça. Cependant, un soir d'août 2009, j'ai voulu regarder si Internet connaissait l'existence de ce mystérieux MERCIER-LA-VENDÉE. Dix secondes plus tard, je lisais l'article de Wikipedia sur ce personnage. Cinq minutes après, je suivais un lien en fin d'article vers un site donnant des indications sur la famille de MERCIER-LA-VENDÉE, où je retrouvais certains noms et lieux transmis par la tradition familiale. Encouragé par la rapidité avec laquelle j'avais trouvé ces éléments, je me suis lancé dans la recherche des chaînons manquants via Internet. La recherche de noms à mettre sur ces portraits est donc à l'origine de ce site.

Pour éviter les problèmes de confidentialité, les éléments que je présente ne concernent que des personnes nées il y a plus de 100 ans et décédées. J'ai donc pris mon grand-père paternel comme base pour cette page. En suivant son ascendance par les femmes, on arrive rapidement aux ancêtres représentés sur les portraits :

François MERCIER
° 13.8.1798 Lion-d'Angers
† 11.12.1887 Craon
Miniature François Mercier
 
Désirée URSEAU
° 16.11.1796 St-Georges/Loire
† 8.6.1867 Craon
Miniature Désirée Urseau
 
x 28.11.1822 Angers
Edme de BÉRÜE
° 8.3.1823 Méral
† 2.4.1885 Angers
Amélie MERCIER
° 10.5.1831 Craon
† 13.2.1869 Paris XVIIIe
x 9.5.1848 Craon
Paul DUPLAN
° 12.10.1848 Gimont
† 12.2.1920 Andouillé
Stéphanie de BÉRÜE
° 1.8.1852 Craon
† 19.9.1935 Le Mans
x 9 mars 1875 Craon
Francis DUPLAN
° 9.8.1876 Paris VIIe
† 28.03.1957 Paris XIIIe

En confrontant la tradition familiale, qui nous affirme que ces portraits sont ceux d'ancêtres MERCIER, la date qu'ils portent (1832) et l'âge des personnes représentées, on conclut qu'ils ne peuvent être que ceux de François MERCIER et Désirée URSEAU.

Il faut se méfier des traditions familiales, mais celle-ci devrait être fiable, car elle s'appuie sur des éléments matériels (les portraits) et une chaîne de transmission relativement courte. En effet, François MERCIER a vécu jusqu'à 89 ans, ce qui lui a donné largement le temps d'expliquer de vive voix que ce portrait le représentait lorsqu'il était jeune, non seulement à sa petite-fille, Stéphanie de BÉRÜE, mais même à son arrière petit-fils, mon grand père. En effet, celui-ci a vécu chez son arrière-grand-père à partir de l'âge d'un an et il en avait onze quand ce dernier est mort.

Pour compléter le schéma ci-dessus, voici quelques informations plus détaillées sur cette ascendance:

Francis Paul Edme Stéphane (Francis étant le prénom usuel) DUPLAN, mon grand-père, médecin puis ingénieur chimiste, né le 9 août 1876, Paris VIIe, décédé le 28 mars 1957, Paris XIIIe, est le fils de :

Stéphanie de BÉRÜE est la fille de :

Amélie MERCIER est la fille de :

Si vous avez du mal à situer certains des lieux cités ci-dessus, voici une carte dans laquelle ils sont repérés par des marqueurs:

Les libellés des marqueurs ne s'affichent pas quand ceux-ci sont trop proches;
il suffit de zoomer pour les écarter.
Le détail des évènements apparait quand on clique sur les marqueurs

Le troisième portrait

Nous avons maintenant identifié le couple des deux portraits présentés plus haut. Mais cette série de portraits ne s’arrête pas là ; elle comporte une troisième œuvre, avec auteur (J. Guarigues), date (1832), format et cadre identiques. Le sujet est un homme plus âgé :

Portrait de Francois Mercier l'aubergiste

Il s’agit du père de François MERCIER, l’époux de Désirée URSEAU. Comme le père et le fils partagent les mêmes noms et prénoms, il devient nécessaire de numéroter les François MERCIER (le dernier paragraphe de cette page est consacré pour une bonne part aux confusions que ces homonymies ont semé très tôt dans la mémoire familiale).

L’époux de Désirée URSEAU, le pharmacien de Craon, devient François IV, fils de François III. Vous découvrirez François II un peu plus loin dans cette page et François I dans une autre page (Les Mercier du Lion-d'Angers).

Le cousin MERCIER-LA-VENDÉE

Le second point de la tradition familiale concernant les portraits est que ces ancêtres MERCIER sont apparentés à un certain MERCIER-LA-VENDÉE, qui était un chef chouan, compagnon de CADOUDAL.

Pour vérifier ce point, il faut d'abord remonter la généalogie en partant de François IV MERCIER, le pharmacien de Craon, jusqu'aux ancêtres communs avec MERCIER-LA-VENDÉE, puis la redescendre jusqu'à celui-ci.

Arbre montrant le cousinage avec MERCIER-LA-VENDÉE

François IV MERCIER, le pharmacien, est le fils de :

François III MERCIER, l'aubergiste, est le fils de :

François II MERCIER, l'aubergiste père, est le fils de :

Mathurin MERCIER et Louise HUET ont eu 13 enfants entre 1736 et 1755, dont seulement 7 ont atteint l'âge adulte (ratio classique à l'époque). Redescendons la ligne directe qui nous mène à MERCIER-LA-VENDÉE, sans évoquer tous ces frères et sœurs :

Les lieux cités ci-dessus sont repérés par des marqueurs dans cette carte:

Les libellés des marqueurs ne s'affichent pas quand ceux-ci sont trop proches;
il suffit de zoomer pour les écarter.
Le détail des évènements apparait quand on clique sur les marqueurs

MERCIER-LA-VENDÉE dans la mémoire familiale

Chercheurs et curieux

En cherchant des documents sur la famille de BÉRÜE, j'ai découvert sur le site de la BNF le texte suivant, publié en 1929 dans "L'Intermédiaire des chercheurs et curieux" (vol. XCII - n°1700), un périodique écrit par ses lecteurs puisque constitué de questions et réponses de ceux-ci (une sorte d'ancêtre des forums Internet) :

Chercheurs & Curieux 1929

À l’origine de cet échange se trouve un livre consacré à CADOUDAL, qui venait de paraître, et dans lequel Pierre MERCIER-LA-VENDÉE et sa sœur Lucrèce étaient largement évoqués ("Georges Cadoudal" par G. Lenotre, pseudonyme de Théodore Gosselin, 1855-1935, spécialiste de la petite histoire de la Révolution et du Premier Empire, grand dépouilleur d’archives négligées par les historiens académiques).

L'auteur de cette réponse est Marie-Gabrielle HECQUARD, épouse de Maurice DUPLAN, frère de mon grand-père. Mme DUPLAN de BÉRÜE est mon arrière grand-mère, Stéphanie de BÉRÜE, qui vivait au Mans auprès de sa fille Charlotte après le décès de son époux en 1920. Les pièces intéressantes qu'elle possédait doivent donc se trouver aujourd'hui chez les descendants de Charlotte (si elles n'ont pas été perdues entre temps).

Arbre montrant les relations de parenté entre les personnes citées (surlignées)

Les propos de mon arrière grand-mère, rapportés par sa bru, reflètent les déformations des données historiques que génère la transmission orale. Bien évidemment, Stéphanie de BÉRÜE ne fait pas d’erreur quand elle indique que François IV MERCIER, le pharmacien de Craon, était son grand-père : c’est lui qui l’a élevée et elle avait 35 ans quand il est décédé. Une première bizarrerie est de le présenter comme fils de Jean Marie, alors que son père se prénommait François; elle s’explique par une allusion au livre de G. Lenotre et aux noms de code utilisés par les Chouans, combinés aux confusions entre membres de la famille détaillées dans le paragraphe suivant.

Générations oubliées

Les propos de mon arrière grand-mère sont faussés par des confusions entre générations, correspondant à des ascendants qui ont disparu de la mémoire familiale. Ainsi, Stéphanie de BÉRÜE, en affirmant que François IV, le pharmacien, était le propre neveu de Lucrèce et Mercier-la-Vendée, semble considérer son arrière grand-père, François III (1769-1840), comme un fils de Mathurin MERCIER (1714-1780) et Louise HUET (1714-1764), alors qu’en réalité, c’était leur petit-fils (cf. les schémas de descendance plus haut). Le grand-père de Stéphanie n’était donc pas un neveu (au sens strict), mais le fils d’un cousin germain de Lucrèce et Mercier-la-Vendée. L’erreur de Stéphanie correspond à l’oubli d’une génération d’ascendants.

Dans les informations concernant les de BÉTHISY, une génération supplémentaire disparait. Une femme apparentée aux MERCIER a bien épousé un de BÉTHISY, prénommé Charles Pierre, mais son nom de famille n’était pas MERCIER. Cette femme s’appelait Monique VALLIN ; sa mère était une sœur de François III, Cécile MERCIER. L’épouse de BÉTHISY évoquée par mon arrière grand-mère était donc la fille d’une cousine germaine de Lucrèce, et non une sœur de celle-ci. Ceci correspond à la disparition de deux générations d’ascendants.

Par ailleurs, l'expression un cadet de BÉTHISY semble rattacher l'époux de Monique VALLIN à une famille noble ; en réalité, le père de Charles Pierre de BÉTHISY était un gendarme (simple gendarme au moment de sa naissance, promu officier par la suite), issu d'une famille de laboureurs, et sa mère une ouvrière lingère. Reste le fils mort à Angers il y a une vingtaine d'années au plus : c'est exact à quelques années près, puisqu'un des fils du couple Charles Pierre de BÉTHISY - Monique VALLIN, Émile de BÉTHISY, est mort à Angers en 1902.

Le plus étonnant dans l’oubli du couple François MERCIER – Françoise HANTRIE est qu’il s’est produit très tôt. Si vous allez consulter les actes de décès de François III (1769-1840) et de sa sœur aînée, Françoise (1767-1841), vous y lirez qu'on les donne comme enfants de Mathurin MERCIER et Louise HUET, au lieu de François II MERCIER et Françoise HANTRIE. C’est évidemment impossible : des personnes nées respectivement en 1767 et 1769 ne peuvent avoir pour mère une femme morte en 1764 ! Et pourtant les informations qui apparaissent dans les actes ont été fournies par des petits enfants du couple MERCIER-HANTRIE. Comment pouvaient-ils ignorer l'existence de leurs grands-parents ? La combinaison de plusieurs éléments l'explique :

Ce texte de "L'Intermédiaire des chercheurs et curieux" est un exemple intéressant des déformations que subissent les faits dans les souvenirs familiaux ; il semble que les parents célèbres exercent une force d'attraction qui réduit les distances généalogiques dans la mémoire des familles.